Accorder sa guitare n’est pas un détail que l’on expédie en trente secondes avant de jouer : c’est le geste fondateur de toute pratique musicale sérieuse. Un guitariste professionnel accorde son instrument avec la même rigueur qu’un pilote vérifie ses instruments avant le décollage — parce qu’une guitare mal accordée fausse l’oreille, ralentit la progression et rend même les accords les plus simples désagréables à entendre. Dans ce guide complet, nous reprenons l’accordage de A à Z : la théorie derrière l’accordage standard, toutes les méthodes professionnelles pour accorder à l’oreille ou à l’accordeur, le geste technique exact pour tourner les mécaniques sans casser une corde, les accordages alternatifs les plus utilisés, et les raisons précises pour lesquelles votre guitare se désaccorde plus vite sous le climat d’Abidjan et d’Afrique de l’Ouest.

Comprendre l’accordage standard : la théorie derrière les six cordes
Sur une guitare à 6 cordes, l’accordage standard, de la corde la plus grave (la plus épaisse, en haut du manche) à la plus aiguë (la plus fine, en bas), est : Mi (E) – La (A) – Ré (D) – Sol (G) – Si (B) – Mi (E). On retient facilement cette suite grâce à des phrases mnémotechniques comme « Mi Amie, Reste Sage, Bébé Rentre » (Mi, La, Ré, Sol, Si, Mi). Cet accordage n’est pas arbitraire : il a été retenu au fil des siècles parce qu’il permet de jouer un maximum d’accords ouverts avec un minimum de déplacement des doigts, tout en conservant une tension équilibrée sur l’ensemble du manche. C’est cet accordage qui sert de référence à la quasi-totalité des méthodes, tablatures et partitions de guitare, qu’il s’agisse de guitare classique, acoustique ou électrique.
Chaque corde correspond en réalité à une fréquence physique précise, exprimée en Hertz (Hz), calée sur le diapason international La 440 (A440). Un accordeur électronique ne fait rien d’autre que mesurer cette fréquence et vous indiquer si elle est trop haute (corde trop tendue) ou trop basse (corde trop détendue) :
| Corde | Note | Notation scientifique | Fréquence de référence |
|---|---|---|---|
| 6ᵉ corde (la plus grave) | Mi | E2 | 82,41 Hz |
| 5ᵉ corde | La | A2 | 110,00 Hz |
| 4ᵉ corde | Ré | D3 | 146,83 Hz |
| 3ᵉ corde | Sol | G3 | 196,00 Hz |
| 2ᵉ corde | Si | B3 | 246,94 Hz |
| 1ʳᵉ corde (la plus aiguë) | Mi | E4 | 329,63 Hz |
Cette précision a une conséquence concrète : deux guitares « accordées à l’oreille » l’une par rapport à l’autre peuvent sonner justes ensemble tout en étant toutes les deux légèrement décalées par rapport au diapason international. C’est sans conséquence si vous jouez seul, mais cela devient audible dès que vous jouez avec d’autres musiciens, un enregistrement ou une application. D’où l’intérêt de toujours vérifier son accordage avec une référence fiable (accordeur électronique, piano accordé, diapason) plutôt que seulement à l’oreille lorsque la précision compte.
Les méthodes professionnelles pour accorder sa guitare

1. L’accordeur électronique ou à pince (clip-on)
C’est la méthode la plus fiable pour un débutant, et celle qu’utilisent la plupart des professionnels avant un concert pour gagner du temps. L’accordeur à pince se fixe sur la tête de la guitare et détecte la note jouée par les vibrations du bois, ce qui le rend utilisable même dans un environnement bruyant, contrairement aux accordeurs à micro. Un accordeur chromatique reconnaît les douze notes de la gamme (utile pour les accordages alternatifs), tandis qu’un accordeur non chromatique ne reconnaît que les six notes de l’accordage standard. Pour utiliser un accordeur à pince : jouez une corde à vide (sans appuyer sur une case), laissez-la sonner sans l’étouffer, et tournez la mécanique correspondante lentement jusqu’à ce que l’écran affiche la bonne note centrée (ni trop à gauche/trop bas, ni trop à droite/trop haut).
2. Les applications mobiles d’accordage
Elles fonctionnent sur le même principe qu’un accordeur électronique, mais en captant le son via le microphone du téléphone plutôt que par vibration. C’est pratique et gratuit, mais plus sensible aux bruits ambiants : dans une pièce bruyante ou en extérieur, préférez un accordeur à pince. Veillez aussi à activer le mode « chromatique » si l’application le propose, pour repérer facilement une corde accordée un demi-ton, voire un ton entier, en dessous ou au-dessus de la bonne note — une erreur fréquente chez les débutants qui confondent parfois une corde trop détendue avec la note juste de la corde voisine.
3. L’accordage relatif à l’oreille (méthode de la 5ᵉ case)
C’est la méthode que tout guitariste sérieux doit maîtriser, car elle développe l’oreille et permet de s’accorder sans aucun matériel. Le principe : chaque corde à vide doit sonner comme la corde grave voisine jouée à la 5ᵉ case — sauf pour la 3ᵉ corde (Sol), où l’on utilise exceptionnellement la 4ᵉ case. En partant du principe que votre 6ᵉ corde (Mi grave) est déjà juste (au besoin, calez-la avec un accordeur ou un piano) :
- Jouez la 6ᵉ corde (Mi) à la 5ᵉ case : elle donne un La. Accordez la 5ᵉ corde à vide (La) sur cette note.
- Jouez la 5ᵉ corde (La) à la 5ᵉ case : elle donne un Ré. Accordez la 4ᵉ corde à vide (Ré) sur cette note.
- Jouez la 4ᵉ corde (Ré) à la 5ᵉ case : elle donne un Sol. Accordez la 3ᵉ corde à vide (Sol) sur cette note.
- Jouez la 3ᵉ corde (Sol) à la 4ᵉ case (exception à retenir) : elle donne un Si. Accordez la 2ᵉ corde à vide (Si) sur cette note.
- Jouez la 2ᵉ corde (Si) à la 5ᵉ case : elle donne un Mi. Accordez la 1ʳᵉ corde à vide (Mi aigu) sur cette note.
À chaque étape, jouez les deux cordes l’une après l’autre (ou ensemble) et écoutez : si elles ne sont pas encore à l’unisson, vous entendrez un battement, une sorte de pulsation ou de vibrato involontaire entre les deux notes. Plus les deux notes se rapprochent, plus ce battement ralentit, jusqu’à disparaître complètement lorsque l’accordage est juste.
4. La méthode des harmoniques (la plus précise à l’oreille)
Utilisée par de nombreux guitaristes professionnels sur scène car elle est plus précise et plus stable que la méthode des cases : elle repose sur les harmoniques naturelles, ces sons cristallins que l’on obtient en effleurant une corde (sans appuyer jusqu’au manche) exactement au-dessus de la 5ᵉ ou de la 7ᵉ case, puis en relâchant la corde juste après l’avoir pincée. L’harmonique de 5ᵉ case d’une corde grave sonne à la même hauteur que l’harmonique de 7ᵉ case de la corde immédiatement au-dessus. En les faisant sonner en même temps, tout écart d’accordage produit un battement très audible, beaucoup plus facile à percevoir qu’une simple différence de hauteur entre deux notes jouées classiquement. C’est la technique que nous recommandons aux élèves de nos cours de guitare une fois les bases de l’accordage relatif acquises.
5. Le diapason et le piano de référence
Avant l’électronique, les musiciens utilisaient un diapason (une petite fourche métallique donnant un La 440 pur en vibrant) ou tout simplement un piano accordé pour caler la première corde, puis accordaient le reste de la guitare par la méthode relative. C’est une méthode plus lente, mais qui reste une excellente référence de secours, et un bon exercice pour muscler son oreille musicale.
Le geste juste : comment tourner les mécaniques sans casser une corde

La technique compte presque autant que la méthode choisie. Avant de tourner une mécanique, identifiez toujours le bon sens de rotation : jouez la corde à vide en tournant très légèrement la mécanique, et observez si la note monte ou descend. Un guitariste professionnel applique systématiquement trois règles :
- Accordez toujours en montant vers la note juste, jamais en descendant. Si vous êtes trop haut, détendez légèrement la corde en dessous de la note visée, puis remontez lentement jusqu’à elle. Cette technique évite que la corde reste « molle » dans l’encoche du sillet ou sur l’axe de la mécanique, ce qui la ferait se désaccorder dès les premières minutes de jeu.
- Tournez lentement et par petites touches, en jouant la corde en continu ou en la pinçant régulièrement pour suivre l’évolution de la note. Un mouvement brusque peut faire grimper la tension d’un ton entier en une seconde, un réflexe fréquent chez les débutants qui casse des cordes inutilement.
- Étirez les cordes neuves après le premier accordage : tirez délicatement sur chaque corde sur toute sa longueur (sans excès) puis réaccordez. Répétez l’opération deux ou trois fois. Une corde neuve non étirée se désaccorde presque systématiquement au bout de quelques minutes de jeu, ce qui n’a rien à voir avec un défaut de l’instrument.
Si une corde est très en dessous de la note visée au point de sembler « molle » ou complètement plate, accordez-la prudemment et progressivement plutôt que de forcer d’un coup : une remontée trop rapide sur plusieurs tons d’écart est la cause la plus fréquente de rupture de corde, en particulier sur les cordes aiguës (Si et Mi), les plus fines et donc les plus fragiles.
Cas particuliers : électrique, classique, 12 cordes et accordages alternatifs
Les principes ci-dessus s’appliquent à tous les types de guitares, mais quelques nuances méritent d’être connues. Sur une guitare classique à cordes nylon, les cordes graves (généralement filées métal sur âme synthétique) tiennent souvent moins bien l’accordage que les cordes aiguës en nylon pur, surtout lorsqu’elles sont neuves : elles peuvent nécessiter plusieurs jours d’ajustements avant de se stabiliser complètement, contre quelques heures pour des cordes acier. Sur une guitare électrique, le vibrato (si l’instrument en est équipé) et la tension du micro peuvent légèrement influencer la tenue de l’accordage ; un réglage du sillet et des mécaniques verrouillables (« locking tuners ») limite ce phénomène. Sur une guitare 12 cordes, chaque corde grave est doublée d’une corde à l’octave supérieure (et chaque corde aiguë d’une corde à l’unisson) : le même principe d’accordage s’applique, mais avec deux fois plus de mécaniques à surveiller, d’où l’intérêt quasi systématique d’un accordeur électronique.
Enfin, de nombreux styles musicaux utilisent des accordages alternatifs : le Drop D (Ré La Ré Sol Si Mi, très utilisé en rock et en metal pour des riffs graves et puissants), l’Open G (Ré Sol Ré Sol Si Ré, prisé en blues et en slide guitar), ou encore le DADGAD (populaire en musique celtique et en fingerstyle contemporain). Ces accordages reposent sur les mêmes techniques que l’accordage standard : seule la note de référence change pour chaque corde.
Pourquoi ma guitare se désaccorde-t-elle vite sous climat chaud et humide ?

Le climat chaud et humide, très présent en Afrique de l’Ouest et à Abidjan en particulier, a un effet réel et mesurable sur les instruments à cordes. Le bois est un matériau hygroscopique : il absorbe et relâche en permanence l’humidité de l’air ambiant, ce qui le fait très légèrement gonfler ou se contracter. Sur une guitare, cela modifie la courbure du manche et la hauteur de la table d’harmonie, ce qui fait varier la tension exercée sur les cordes — et donc l’accordage — parfois d’un jour à l’autre, voire au fil d’une même journée entre une pièce climatisée et l’extérieur. Les cordes elles-mêmes s’oxydent également plus vite dans ce type de climat : l’humidité accélère la corrosion des cordes filées (les cordes graves), ce qui altère leur masse et leur élasticité, rendant l’accordage moins stable et le son plus terne au fil des semaines.
Un taux d’humidité idéal pour une guitare se situe généralement entre 45 % et 55 %. Au-dessus de 60 %, on constate souvent un gonflement du bois et une action des cordes qui devient plus haute ; en dessous de 30 % (climatisation très asséchante), le bois se contracte et des micro-fissures peuvent apparaître sur les instruments haut de gamme. Un hygromètre placé dans l’étui, associé à un petit sachet déshumidifiant ou humidifiant selon la saison, permet de limiter fortement ces variations sur les instruments les plus sensibles.
Diagnostiquer les problèmes d’accordage qui persistent
Si votre guitare se désaccorde de façon anormale malgré une bonne technique, plusieurs causes précises peuvent être en jeu, et il est utile de savoir les distinguer avant de consulter un luthier :
- Mécaniques usées ou desserrées : si la vis centrale d’une mécanique est lâche, la corde glisse en jouant. Un simple resserrage suffit souvent.
- Sillet mal taillé ou encoche trop serrée : la corde reste bloquée dans l’encoche au lieu de glisser librement, ce qui crée un accordage instable et parfois un « claquement » désagréable en tournant la mécanique.
- Cordes anciennes ou oxydées : au-delà de leur perte de brillance sonore, des cordes usées tiennent nettement moins bien l’accordage, surtout dans un climat humide.
- Confusion entre accordage et intonation : une guitare peut sonner juste à vide mais fausse sur les cases aiguës (ou l’inverse). C’est un problème d’intonation, réglable au niveau du chevalet, à ne pas confondre avec un simple défaut d’accordage.
- Bourdonnement (buzz) après accordage : souvent lié à une action des cordes trop basse ou à un manche mal réglé (relief du manche), plutôt qu’à l’accordage lui-même.
Bonnes pratiques et entretien pour un accordage durable

Un accordage stable se construit sur la durée, pas seulement au moment où l’on joue :
- Changez vos cordes régulièrement (tous les 2 à 3 mois pour un usage régulier, plus tôt en climat très humide) plutôt que d’attendre qu’elles cassent ou perdent leur justesse.
- Rangez votre guitare dans sa housse ou son étui à l’abri du soleil direct, d’une source de chaleur (climatiseur, ventilateur) et de l’humidité excessive.
- Accordez systématiquement votre guitare avant chaque session de jeu, même si elle vous semble déjà juste à l’oreille : quelques minutes suffisent et évitent de prendre de mauvaises habitudes d’écoute.
- Faites vérifier les mécaniques si elles tournent difficilement, grincent ou ne tiennent plus la tension : un réglage ou un remplacement simple suffit souvent à régler durablement le problème.
- Faites contrôler une fois par an le réglage du manche, du sillet et du chevalet par un professionnel, en particulier après un changement de saison marqué.
Besoin d’aide ?
Abidjan Guitar accompagne les musiciens en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest, du choix de l’instrument à son entretien le plus poussé. Si votre guitare ne tient plus l’accordage malgré ces conseils, notre atelier peut réaliser un diagnostic complet et régler les mécaniques, le sillet ou le chevalet si nécessaire. Découvrez notre service de réparation ou nos cours de guitare pour progresser plus vite, avec un accompagnement personnalisé à chaque étape.


